Aspects sociaux

Comment expliquer la suprématie chinoise dans la production des terres rares ? Tout d’abord, les gisements chinois sont plus riches en terres rares et plus faciles à exploiter. Mais l’explication ne s’arrête pas là. La recherche minière est de plus en plus onéreuse : l’ère de l’exploitation des gisements faciles est révolue ; les opinions publiques sont de plus en plus sensibles au respect des conditions de travail et aux impacts environnementaux engendrés par ces activités. La raréfaction du crédit ne facilite pas l’investissement dans de nouvelles campagnes de prospection. Pour finir, entre le moment où on signe un contrat d’exploitation et la production du 1er kg, il se passe entre 8 et 12 ans quand tout va bien (source Georges Pichon, PDG de Mars Métal).

En l’état actuel des choses, la Chine est le seul état capable de déplacer une main d’œuvre abondante, rémunérée selon le niveau en vigueur dans ce pays, dans des conditions sanitaires, sociales et environnementales que nous avons déjà décrites dans notre article sur les conditions de travail dans les centres de production de l’industrie électronique chinoise. Bien évidemment, ces conditions sont totalement inacceptables dans les pays occidentaux.

Une enquête d’investigation sur le terrain a permis de décrire la réalité du travail quotidien à Bayan Obo [[Inside China’s secret toxic unobtainium mine]]. L’activité de ce site est permanente (24h/24); les ouvriers dont la tâche est d’extraire les terres rares du minerai œuvrent dans une atmosphère saturée en acide sulfurique qui irrite les yeux et leurs vêtements sont brûlés par les éclaboussures d’acide. Ils sont protégés par des masques et des gants, mais les masques sont peu efficaces et après les 12h que dure leur poste, ils ont des difficultés respiratoires. Ici encore, les heures supplémentaires ne sont pas toujours payées et personne n’a d’assurance contre les accidents. Pourtant, les salaires attractifs pour la région (1600 yuan / mois) attirent des paysans dont les terres sont empoisonnées chaque jour davantage. Malgré tout, certains ont la lucidité de se refuser à travailler dans ces usines devant les risques importants pour la santé que ces ouvriers encourent.

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