Situation et tendances des matières premières

Introduction

Suite à la découverte du pétrole, le XXème siècle a été une période de progrès remarquable pour la civilisation humaine. Les avancées scientifiques et technologiques ont tiré le niveau d’extraction des matières premières à des niveaux encore jamais atteints : durant le siècle passé, l’extraction des matériaux de construction a été multipliée par 34, les minerais et minéraux par 27, les énergies fossiles par 12 et la biomasse par 3,6 [[UNEP (2011), Decoupling Natural Resource Use and Environmental Impacts from Economic Growth]]. Selon l’OCDE, la quantité globale de matériaux extraits (en poids) a progressé de 36% entre 1980 et 2002 et, si l’on en croit ses projections, devrait atteindre 80 milliards de tonnes en 2020, soit le double de la quantité extraite 40 ans plus tôt [[OCDE (2008), Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2030]].
Figure 1. Évolution de l’extraction globale de ressources (OCDE, 2008)

Le rythme s’accélère… et se déplace

Concernant les minerais métalliques, la quantité mondiale extraite passe de 3,72 milliards de t en 1980 à 5,8 milliards de t en 2002 et devrait s’élever à 11,14 milliards de t en 2020. Au cours des années 1990, plus précisément entre 1990 et 1997, les investissements en matière d’exploration minière ont progressé de 90% au niveau mondial [PSG (2007), Mining and Development in Peru. Peru Support Group, 82p.]. Cet accroissement de la demande en métaux est le fruit de plusieurs facteurs :

  • l’explosion du nombre d’équipements de haute technologie faisant appel à ces matériaux,
  • leur sophistication nécessitant de plus en plus de matériaux différents aux propriétés spécifiques,
  • la courte durée de vie globale de ces équipements électroniques,
  • le faible taux de recyclage ainsi que la forte demande de nouveaux acteurs du marché mondial comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine (BRIC).

Si les populations des pays émergents adoptaient des technologies et des styles de vies similaires à ceux en vigueur dans les pays de l’OCDE, la demande globale en métaux serait 3 à 9 fois plus grande que la quantité de métaux utilisés actuellement dans le monde [UNEP (2013), Metal Recycling – Opportunities, Limits, Infrastructure].

L’extraction de matières premières s’est largement déplacée des pays industrialisés vers les pays émergents ou non-industrialisés, ainsi que les nuisances qui vont avec. Kuhndt (2008) (cité dans Raw Materila Group (2011) “Les ressources minérales et le développement de l’Afrique”) note que « [l’Europe] abandonne de plus en plus l’exploitation de ses propres ressources au profit des importations à partir des pays en développement ». Il précise également que cette tendance s’accompagne d’un « transfert du fardeau environnemental induit par l’exploitation des ressources. […] Alors que la productivité des ressources est en augmentation dans les pays de l’UE, les pays en développement luttent pour faire face aux effets sur l’environnement de la progression du rythme d’extraction : d’énormes volumes de déchets, d’eaux usées et de pertes par dissipation. ». « En 2008, les dépenses d’exploration à des fins commerciales à l’échelle mondiale ont été plus que quintuplé par rapport à 2000, à 13,8 milliards de dollars, contre 2,6 milliards. La part de l’Afrique est passée de 12% (plus de 300 millions de dollars) à 15% (2 milliards 50 millions).
Même si elles se sont ralenties en 2009, en raison essentiellement de la crise financière et économique mondiale, les activités d’exploration ont bien repris et devraient retrouver leur niveau de 2008 d’après le Rapport du Groupe d’études international sur les régimes miniers de l’Afrique. Bien entendu, ce déplacement de la production minière a pour conséquence une dépendance de nos industries à l’égard des pays et/ou grands groupes miniers étrangers rendant l’accès à certaines ressources particulièrement critiques. La figure ci-dessous montre les pays leaders mondiaux dans la production de matériaux critiques. Les pourcentages de la production mondiale sont indiqués pour chaque matériau [[USGS (2014), Mineral Commodity Summaries]]. A noter la prédominance de la Chine et l’absence totale de production pour l’Europe.

Figure 2. Principaux pays producteurs de matériaux critiques (USGS, 2014)

Comme nous l’avons vu dans l’article sur les matériaux impliqués dans les TIC, ces technologies sont extrêmement friandes en métaux divers et l’accroissement de la demande pour les équipements électroniques et les services associés (hébergés dans les data-centres) contribue à l’accroissement des prélèvements constatés.
Dans cet article, nous nous intéressons principalement aux matériaux entrant directement dans la composition des équipements électroniques. Bien entendu, si l’on raisonnait à un niveau plus large, on pourrait inclure à cette liste les sites extrayant les énergies fossiles, les matériaux liés à la construction des infrastructures nécessaires aux TIC (ciment, acier, verre,…). Pour mémoire, en ce qui concerne l’énergie, le charbon (40%), le gaz (20%) et le pétrole (7%) contribuent à plus des deux tiers de la production mondiale d’électricité qui est l’énergie finale utilisée par les TIC [Aubin J. (2010). La tentation de l’île de Pâques – Piller la planète jusqu’à l’effondrement. La maison d’éditions LME].

Conclusion

Comme nous venons de le voir, un faisceau de facteurs concourent ces dernières années à mettre une pression très forte sur les ressources en général, métallifères en particulier. Dans le même temps les gisement traditionnels voient globalement la concentration des matières premières dans les minerais décroitre de manière significative. Ce constat concernant les gisements à la surface du globe a conduit les scientifiques et les industriels à explorer de nouvelles voies :

  • développement de nouvelles techniques pour exploiter des minerais plus pauvres (ex: terres latéritiques à 2% de concentration de nickel en Nouvelle Calédonie)
  • transformation de mines à ciel ouvert en mines souterraines pour trouver de plus fortes concentrations
  • développement de l’exploitation minière ultra profonde (on parle de 5 à 6000 m de profondeur sous la surface) sur terre comme en mer
  • développement de la prospection sous-marine pour trouver de nouveaux gisements métallifères

Cette évolution dans les pratiques, les techniques extractives et les techniques de traitement des minerais métallifères, aura-t-elle des conséquences sur les impacts environnementaux liés à l’extraction des métaux et matériaux nécessaires à la fabrication des produits électroniques ? Quels sont au juste les principaux impacts environnementaux et sociaux de l’industrie extractive? C’est ce que nous allons tenter de découvrir dans un prochain article.

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